Bilguissa Diallo

Venezuela 2026 : quand la prédation est manifeste
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En ce début d'année, j'avais prévu de faire un post qui ferait le bilan de cette année 2025 au cours de laquelle j'ai eu la joie de publier à nouveau, pour la quatrième fois. Je n'imaginais pas me réveiller et recevoir la nouvelle que les Etats-Unis, où je vis actuellement, ont bombardé Caracas, la capitale du Venezuela, et capturé le président Maduro. Pour moi qui suis impregnée de politique depuis ma naissance, de part les activités d'opposant de mon père, cette nouvelle est encore une preuve que nous vivons dans un monde où la prédation gagne et où le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est une chimère.
Non pas que je sois un soutien de Nicolas Maduro, dont je ne suis pas très au fait de la politique et qui semble être un autocrate au vu de la réaction des Vénézuéliens exilés. Mais pour autant, lorsqu'on a assisté en tant qu'adulte à l'invasion de l'Irak orchestré par les mensonges éhontés de l'administration Bush (sur les fausses armes de destructions massives qui ont justifié soi disant cette attaque dont le but était le pétrole au final) , même si Saddam Hussein était un diable, on peut mesurer le degré de déstabilisation qu'une telle ingérence représente. Si personne n'a envie de défendre Saddam, la violence qui s'est déchaînée sur les Irakiens suite à ces attaques est tout aussi coupable que celle du régime en question, sans compter les effets que cet événement a eu sur les pays voisins et le terrorisme international.
Personne n'est dupe des raisons qui poussent les Etats-Unis à s'en prendre au Vénézuela. Ce n'est pas l'honneur, ce n'est pas la volonté de mettre fin aux cartels, sinon il y aurait plus à faire avec le Mexique et la Colombie, ce sont les gisements de pétrole vénézuéliens qui sont la raison de cette ingérence, et ils ne cherchent presque pas à le cacher.
La politique est un sport de prédateur et il faut être un loup pour survivre face à d'autres loups. Les grands idéaux n'ont que très peu leur place dans cette histoire. Ils servent à galvaniser les foules et à justifier des actions qui n'ont pour fond que la prédation envers les ressources naturelles, la quête et la conservation du pouvoir. Ceux qui s'aventurent à imaginer que des grandes puissances sont animées par des volontés nobles se prennent les pieds dans le tapis et le paient parfois très cher.
J'ai aimé écrire l'histoire d'un activiste humaniste qui rêvait grand pour son pays. Le personnage d'Adama dans "Transhumances" a beaucoup été nourri par la figure de mon père (le commandant Thierno Ibrahima Diallo), à qui il ressemble et dont vous pouvez lire l'histoire dans mon précédent livre, Opération Mar Verde. La réalité est que ce type d'homme finit souvent mal : au mieux en exil comme ce fut heureusement le cas de mon père, au pire victime du régime auquel il s'oppose, comme c'est aujourd'hui le cas des activistes guinéens qui croupissent en prison pendant que l'actuel président vend le fer guinéen aux grandes puissances, tout en prenant sa comm au passage.
Et lorsqu'on parvient à diriger un pays riche en ressources et faible militairement, c'est encore plus compliqué car pour être au pouvoir et garder l'intérêt du peuple en ligne de mire, il faut s'opposer à la cohorte de corrompus qui n'attendent de la politique que l'objectif de les rendre personnellement riche, ce qui fait de vous un homme à abattre. L'histoire a prouvé que dans ces pays, ceux qui se compromettent ont plus de chance de garder le pouvoir, donc au détriment du peuple, car pour rester au sommet, il faut cultiver ses alliances, distribuer les ressources aux assoiffés de pouvoir et mater la rebellion. Mais ça ne suffit pas toujours à assurer votre survie, nous le voyons aujourd'hui avec Maduro et hier avec Saddam. La question est : Qui sera le prochain et quel en sera le prix pour les populations de ces pays ?
En Afrique notamment, on devrait rester très vigilants face aux mouvements des grandes puissances. Elles agissent chacunes de façon différentes en terme de style, mais ce qui les anime se résume aux mêmes volontés de domination. Si on est très critique (à juste titre) face à l'influence française notamment, dont l'Afrique de l'Ouest a eu à patir par le passé, on devrait se méfier tout autant de l'amitié russe ou chinoise, qui n'a lieu qu'à cause des immenses ressources qu'abrite le continent. On voit déjà comment se comportent les milices russes en Centrafrique, où les populations se plaignent de viols, de meurtre, et où les minerais sont bradés. On voit aussi comme les Chinois viennent siphonner et détruire les fonds marins au large du Sénégal et retirer le pain de la bouche des pêcheurs qui n'arrivent plus à approvisionner les Sénégalais en poissons. Si ces puissances n'ont pas été les colonisateurs d'hier, ils pourraient devenir ceux de demain, que ce soit sur un plan strictement économique, ou par l'accaparemment de territoires et l'influence sur les gouvernements qui ne serviront toujours pas les populations locales. De même, l'intérêt que portent les USA au Nigéria, dont ils voudraient sauver les populations chrétiennes soi-disant, cache mal l'attrait potentiel envers le pétrole nigérian.
Ainsi, il ne faut se laisser duper ni par les autocrates en treillis, qui musellent les populations, s'arrogent les ressources et vendent le pays aux futurs neo-colonialistes russes ou chinois, ni par les belles promesses des grandes puissances occidentales, en particulier américaines, qui promettent de vous libérer des précédents, pour mieux s'arroger vos ressources et vous maintenir dans la poussière.
Quelle solution ? Elle reste à construire par l'éducation, l'entrepreneuriat local, l'union des populations pour le bien commun, la résistance politique, l'intransigeance face à la corruption (qui est le cheval de Troie de toutes les destabilisations local) et la planification à long terme. On aurait beaucoup à apprendre de la manière dont les puissances asiatiques comme la Corée, l'Inde ou la Chine ont construit leur leadership. En attendant, ce qui se passe sur le continent amércain est un scandale et devrait éveiller la méfiance des pays face aux enjeux de souveraineté et aux alliances internationales. A bon entendeur, bonne année quand même, si tant est que ça veuille dire quelque chose...





